Il y a dans la Vallée de la Loire des murs qui parlent. Des fresques où la la figure humaine, réduite à l’essentiel tient encore debout sous l’enduit qui s’écaille. L’art Roman n’était pas pour moi une découverte d’adulte : c’était le paysage de mon enfance, une passion transmise. Mon père sculptait sur bois ces mêmes visages frontaux, ces mêmes mains bénissantes. C’est là que s’est formé mon regard, avant les études, avant les choix artistiques conscients.
J’ai étudié la photographie, l’Histoire des Arts, l’Histoire de la demeure du Val de Loire, diplômée en Archéologie du bâti. Ces disciplines m’ont appris la même chose : que le temps est une matière et que ce qu’il laisse derrière lui est souvent plus éloquent que ce qu’il préserve.
Mon travail naît de cette conviction. Les carnets anciens chinés sur les marchés, les archives familiales, les plaques de verre transmises de génération en génération, les cahiers collectés pendant deux décennies ne sont pas des sources d’inspiration. Ce sont des strates de mon oeuvre, comme les enduits successifs d’une fresque médiévale. Je ne crée pas ex nihilo : je révèle ce qui était déjà là, je donne une seconde existence à ce que le monde ordinaire ne regarde plus.
La peinture et la sculpture en fil de fer sont pour moi un seul et même langage. L’un travaille la trace, l’autre dessine dans l’espace. Mais tout deux partagent , la même palette, la même économie du geste, le même rapport à la fragilité de ce qui reste. Alexander Calder a vécu et travaillé à quelques kilomètres de mon atelier. Cette coïncidence géographique n’est pas anecdotique : elle dit quelque chose de que cette vallée porte en elle.
Mon travail est une archéologie du quotidien. Les petits riens qui deviennent des trésors. La mémoire des formes quand tout le reste a disparu.
In the Loire Valley, there are walls that speak. Frescoes where the human figure—stripped to its essence—still stands beneath the flaking plaster. For me, Romanesque art was not a discovery made in adulthood; it was the landscape of my childhood, a passion passed down to me. My father carved those same frontal faces and blessing hands into wood. That is where my eye was trained—before my formal studies, before any conscious artistic choices.
I studied photography, art history, and the history of Loire Valley dwellings, eventually earning a degree in the archaeology of built structures. These disciplines taught me the same lesson: that time is a material in itself, and what it leaves behind is often more eloquent than what it preserves.
My work stems from this conviction. The antique notebooks found at markets, family archives, glass plates handed down through generations, and the journals collected over two decades are not merely sources of inspiration. They are strata of my work, much like the successive layers of plaster on a medieval fresco. I do not create ex nihilo; I reveal what was already there, giving a second life to things the ordinary world no longer notices.
For me, painting and wire sculpture are one and the same language. One works with traces, the other draws in space. Yet both share the same palette, the same economy of gesture, and the same relationship to the fragility of what remains. Alexander Calder lived and worked just a few kilometers from my studio. This geographical coincidence is not trivial; it speaks to the very essence of this valley.
My work is an archaeology of the everyday—of little nothings that become treasures. It is the memory of forms when everything else has vanished.
Claire Rougerie est une artiste plasticienne installée en Val de Loire. Son travail explore la mémoire des formes à travers la peinture et la sculpture en fil de fer recuit.
Née à Clermont-Ferrand en 1972, elle a développé une passion pour le dessin et la création dès son plus jeune âge. Son parcours artistique est marqué par une quête constante de simplicité dans l’expression visuelle, tout en maintenant une richesse symbolique et narrative dans chacune de ses oeuvres.
Après 2 décennies consacrées au fil de fer et à l’art textile, elle se lance avec bonheur et sans contrainte dans l’art pictural. L’influence de ces années consacrées au fil est perceptible dans son usage méticuleux de la ligne continue, qui crée des oeuvres à la fois simples et profondément expressives.
Historienne de l’architecture et archéologue du bâti de formation, c’est sans surprise que Claire Rougerie mêle les éléments architecturaux et décoratifs ancrées dans sa mémoire. Elle se nourrit également de ses voyages, source inépuisable d’inspiration.
Claire Rougerie is a visual artist based in the Loire Valley. Her work explores the memory of forms through painting and sculpture using annealed wire.
Born in Clermont-Ferrand in 1972, she developed a passion for drawing and creation at an early age. Her artistic journey is defined by a constant quest for simplicity in visual expression, while maintaining a richness of symbolism and narrative in each of her works.
After two decades dedicated to wire art and textile art, she enthusiastically and freely ventured into painting. The influence of those years spent working with wire is evident in her meticulous use of continuous lines, creating works that are both simple and deeply expressive.
With a background as an architectural historian and an archaeologist specializing in built heritage, it is no surprise that Claire Rougerie blends architectural and decorative elements rooted in her memory. She also draws inspiration from her travels, which serve as an inexhaustible source of creativity.
